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samedi, 26 novembre 2005

Le voyeur exclu

medium_poussin_-_paysage_avec_un_homme_tue_par_un_serpent..jpg
http://www.abcgallery.com/P/poussin/poussin68.html

« Un visage effrayé, c'est l'expression d'un monde possible effrayant, ou de quelque chose d'effrayant dans le monde, que je ne vois pas encore. Comprenons que le possible n'est pas ici une catégorie abstraite désignant quelque chose qui n'existe pas : le monde possible exprimé existe parfaitement, mais il n'existe pas (actuellement) hors de ce qui l'exprime. Le visage terrifié ne ressemble pas à la chose terrifiante, il l'implique, il l'enveloppe comme quelque chose d'autre, dans une sorte de torsion qui met l'exprimé dans l'exprimant. Quand je saisis à mon tour et pour mon compte la réalité de ce qu'autrui exprimait, je ne fais rien qu'expliquer autrui, développer et réaliser le monde possible correspondant. Il est vrai qu'autrui donne déjà une certaine réalité aux possibles qu'il enveloppe : en parlant, précisément. Autrui, c'est l'existence du possible enveloppé. Le langage, c'est la réalité du possible en tant que tel. Le moi, c'est le développement, l'explication des possibles, leur processus de réalisation dans l'actuel. D'Albertine aperçue, Proust dit qu'elle enveloppe ou exprime la plage et le déferlement des flots : "Si elle m'avait vu, qu'avais-je pu lui représenter ? Du sein de quel univers me distinguait-elle ?" L'amour, la jalousie seront la tentative de développer, de déplier ce monde possible nommé Albertine. Bref, autrui comme structure, c'est l'expression d'un monde possible, c'est l'exprimé saisi comme n'existant pas encore hors de ce qui l'exprime. »

Commentaires

Cette citation (tirée de Deleuze me semble t-il ?) boucle sur votre problématique actuelle ; Projection de ce qu'est autrui n'est pas autrui. Île logique du sens interdit (trop tôt thèmes obscurs, replis cérébraux non autorisés).

Herméneutique épuisée du non-être quand nous rendons les armes OU lors d'une domination extérieure.

Détruisez la structure, agrandissez le schéma. Je n'aime pas vous voir prisonnier.

(Je regrette déjà mon arrogance dans les mailles de mes boucles infernales).

Détruisez quand même la structure.

Écrit par : Lambert Saint-Paul | lundi, 28 novembre 2005

Quelle boucle effectivement que votre commentaire - spiralée toutefois puisque qu’elle ne ramène pas tout à fait au départ ! A moins que je me méprenne sur le sens de votre regret.


Il m’est en tout cas bien difficile de vous répondre : ce que vous dites de la projection, du sens interdit et de l’herméneutique du non-être, sont-ce vos réponses à ce que vous comprenez comme étant ma problématique actuelle ou bien celles que vous pensez en être implicitement les miennes ?

Pour ce qui est de détruire la structure, cela ne peut constituer une solution que pour qui soutient la thèse de Deleuze, thèse à propos de laquelle je ne suis pas encore en mesure de décider. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui ressort de la mise en rapport de ce texte et de ce tableau.

Deleuze saisit autrui comme condition d’organisation du champ perceptif, structure qui préexiste à autrui comme sujet-objet parce qu’il n’est alors lui-même que le résultat de son effectuation, autrui tel qu’il apparaît après l’organisation du champ perceptif qu’il produit. Comment la produit-il ? Autrui-structure ne renvoie pas à l’actuel mais au possible dont il est l’expression et dont l’actualisation n’est autre que le développement de cette expression. Il organise donc le monde comme ouvert sur le possible, possible qui n’existe actuellement qu’enveloppé en lui. Il n’est d’ailleurs pas autre chose que cela : du possible enveloppé.

Pour rendre plus accessible cette pensée, Deleuze prend un exemple qui entre en résonance avec ce paysage de Poussin : le visage effrayé comme expression de ce que l’on ne voit pas encore, "on" désignant chez Poussin la femme qui est assise sur l’herbe. Dans sa situation, la scène d’horreur n’existerait actuellement que dans le visage terrifié de l’homme qui vient vers elle, état d’existence enveloppée ou d’actualité réduite au signe que Deleuze identifie au possible. Or que met en évidence, par contraste avec ce texte, l’ouvre de Poussin ? Que cette réduction de l’existence de la chose terrifiante à son expression en autrui actuel ne va de soi que pour autant que l’on exclue la possibilité d’autres points de vue sur elle, par exemple celle d’un voyant non vu, exclusion manifeste puisque nous tenons un tel rôle à l’égard des personnages de ce tableau lors de sa vision: c’est bien là-bas, dans le prolongement du paysage que je vois, que se trouve la réalité dont l’existence m’est annoncée par autrui, elle n’est pas pliée en lui puisqu’elle est aussi bien accessible à autrui que je ne vois pas. Corrélativement, peut-on raisonnablement dire que tout ce que n’exprime pas autrui et auquel je n’ai pas moi-même accès n’est pas possible ?

Bien sûr le problème de Deleuze est différent et se saisit mieux encore par la référence à Proust qu’il fait. Mais il est en relation avec une conception du possible que l’explicitation de la tension entre ce texte et le tableau de Poussin permet d’interroger.

Écrit par : Préau | samedi, 10 décembre 2005

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