Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 30 août 2005

Cécité et l’Antique

Au milieu de nulle-part, environné d’horizon, Cécité joue. Il danse et il court, les yeux fermés, et chacun de ses gestes esquisse de nouvelles vies et de nouveaux jouets, qui s’achèvent seuls dans l’élan de création, bordés d’éclairs et de musique.
 
L’Antique arrive, d’une marche sûre et légère ; on distingue le reflet de son ombre dans le coin de son œil.
 
Cécité danse, toujours insouciant, au milieu de ses créatures. « Tu n’as encore jamais parlé » lance Cécité, de la même manière que ses autres créatures.
 
L’antique stoppe sa marche : « Ça fait sept ans que j’attendais cela ».
 
Cécité ralentit sa danse surnaturelle, et l’achève sur une pause de combat. Accroupi avec une jambe d’attaque, les bras disposés en figure de proue, il se retourne vers l’Antique, et dévoile à vitesse constante ses yeux fous au fond desquels se meut l’inquiétant chaos des forces pures. Le visage nu et souriant, innocent jusqu’à la provocation, il reçoit l’Antique.
 
Cécité : Sais-tu ce que c’est que jouer ? Jouer, c’est s’enfoncer un couteau dans la plaie dentée et la remuer dans tout le corps pour faire parler les boyaux, le genou, le sexe ! Ce repli charnel qui passe parle pour tous mes attributs.
 
L’Antique : Ont-ils besoin de parler dans la douleur ?
 
Cécité : Tu sais bien ce que je veux dire ! Il te suffit de fermer les yeux...
 
L’Antique : Oui, fermer les yeux pour jouer avec les couleurs.
 
Cécité : Jouer... Je pourrais tout aussi bien dire jouir !
 
L’Antique : Jouer provoque la joie tout aussi bien que la souffrance.
 
Cécité : Mais il ne s’agit pas de vivre... Seulement de VIVRE PLUS !
 
L’Antique : As-tu déjà seulement vécu ? Coïncider avec soi-même, refluer à fleur de peau, être enfin à la surface...
 
Cécité : Et toi, dans ta recherche de l’équilibre absolu, as-tu seulement touché une fois toutes tes limites ? As-tu enfin trouvé la syntaxe à l’origine de tout ?
 
L’Antique : J’y suis presque, chaque jour je parcours la moitié du chemin qu'il reste. Un rien m’en sépare...
 
Cécité : Il t’en séparera toujours. Ce néant menacera ton équilibre à perpétuité.
 
L’Antique : C’est aussi une tâche noble que de réduire la blessure à presque rien.
 
Cécité : Il en sortira toujours une note.
 
L’Antique : Elle sera si fine qu’elle n’aura rien à envier au silence.
 
Cécité : Je veux une symphonie de la destruction !
 
L’Antique :  La peau qui s’étire pour recouvrir ses béances devient orgiaque.
Je veux, comme toi, une philosophie de la joie.

Commentaires

Merci.

Pour les commentaires en aparté, je mets à disposition l’adresse e-mail que voici : preaudelouisfeuillade@yahoo.fr .

Écrit par : Préau | dimanche, 04 septembre 2005

je fais un exposer sur la cécité et le sport et je trouve que le message que vous avez voulu montrer dans ce dialogue est très touchant et qu'il mériterais vraiment autre chose qu'une simple page d'internet!et maintenant (heureusement) les gens on évoluer et on conçu des sport spécialement pour les aveugle comme le cécifoot ou le torball;et je suis vraiment contente de savoir que je ne suis pas la seul a me battre pour un monde meilleur! les gens disent que dés le moment ou tu a un handicap quelque sois sa valeur tu ne sait rien faire c'est de la que vient le mot racisme!ll faut prouver le contraire et pu_s le racisme n'est pas une opinion c'est un délit

Écrit par : justine | jeudi, 16 mars 2006

Votre lecture me touche en retour. Ce texte n’a pas été écrit dans l’intention d’évoquer un tel combat, mais s’il vous donne de l’énergie pour le poursuivre, je m’en réjouis sincèrement.

Effectivement, on peut dire que c’est au fond une même réaction envers ce qui diffère que recèlent le rejet de la personne handicapée tout comme le racisme, et il est juste que les discriminations qu’ils incitent à faire soient punissables. Je suis de plus comme vous persuadé que ceux qu’atteint un handicap peuvent tout à fait accomplir bien des choses.

Vous m’avez fait retrouver un souvenir ; j’avais fini par oublier que la cécité dont il s’agit dans ce texte était presque physique, que « le chaos des forces pures » qui gît au fond des yeux est aussi bien le regard écarquillé de celui qui cherche à voir avec véhémence. Merci d’avoir laissé votre commentaire.

Écrit par : Préau | vendredi, 17 mars 2006

Les commentaires sont fermés.